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Ce sera assez subjectif parce que bien qu'arrivé à l'heure, je suis demeuré un certain temps un peu au-dehors de l'endroit où se faisait l'hommage. Je n'ai pas non plus noté les noms des personnes qui s'expliquaient sur Glinne, d'une façon qui n'a jamais été compassée ou formelle, les gens ne jouant pas non plus sur leurs émotions. Il y a eu l'hommage wallon, ceci dit par rapport à la langue et par rapport aux opinions politiques de Glinne, l'hommage des gens de Courcelles, un artiste flamand s'expliquant en néerlandais, des personnes liées au parlement européen, mais qui ne m'ont pas semblé être des parlementaires. Une chercheuse en politique étrangère qui a souligné à quel point sur différents dossiers Glinne était fort, pratiquant plusieurs langues, fustigeant la répression du pouvoir colonial en Angola dès 1959 (par un article dans La Gauche qui eut des répercussions européennes, le problème n'étant pas connu). Un syndicaliste FGTB de Charleroi des métallos (qu'on a souvent l'occasion de voir à la télé), s'exprimant avec un fort accent italien et aussi en wallon, si je me souviens bien. Quelqu'un a dit que la ville de Courcelles était la seule ville wallonne qui avait une politique internationale. Glinne, dans un conflit à Caterpillar en 1973 avait expliqué aux patrons américains, en tant que ministre (qu'il ne fut que quelques mois), le système de la concertation sociale chez nous et que les Américains devaient s'y adapter.
Ses trois fils prirent aussi la parole, reprochant amicalement à leur père mort ses absences du foyer familial, l'un d'entre eux disant sa foi en Dieu, ce qui avait peut-être quelque chose d'étonnant dans cette cérémonie purement profane mais en présence d'un prêtre catholique, d'un rabbin juif, d'un pasteur protestant et de représentants de la laïcité organisée. C'est l'un de ses fils qui dit aussi que Glinne lui avait dit un jour en gueulant qu'il ne s'était jamais laissé acheter en tant qu'homme politique, ce dont tout le monde était persuadé. Il y eut beaucoup de femmes dans ces éloges, n'ayant crainte de faire la part du feu de Glinne en tant que "patron" (généreux mais très exigeant aussi, irritable...).
On passait des chants en wallon dans quelque soirée dialectale à une réception à l'Ambassade d'Afrique du Sud qui il y a quelques mois avait tenu à remercier encore une fois tous ceux qui avaient lutté chez nous contre l'apartheid. Plusieurs ont souligné aussi la culture littéraire de Glinne citant en entier des poèmes ou des passages en prose.
Il y avait dans l'assistance plusieurs socialistes, des Ecolos, P-H Gendebien. J'y ai moins vu des démocrates-chrétiens en me demandant si cette race ne s'est pas éteinte à Charleroi, le bourgmestre Viseur étant le dernier de la lignée dans mon esprit (mais je suis peut-être injuste). Il y avait cependant Yves de Wasseige que l'on peut qualifier à certains égards de démocrate-chrétien. J'ai vu aussi Luc Beyer, Valmy Féaux, Yves Urbain, Philippe Busquin, des amis communistes comme Robert Tangre.
Je regrette ce compte rendu trop subjectif car les exposés étaient rigoureux, les messages bien précis, bien argumentés. On avait au fond de la salle une tête de Glinne sur un grand écran en ombre chinoise avec l'homme saluant de la main et ses cheveux en bataille très facilement reconnaissable même par quelqu'un comme moi qui ne l'ai rencontré que deux fois dans ma vie, un jour en 1984 alors qu'il me semblait isolé au sein du PS pcq qu'il n'acceptait que difficilement José Happart dans le groupe PS (ou 1985) et une autre fois en 2007 pour voir un film de Jean-Jacques Rousseau. Quelqu'un a dit aussi qu'il arrivait à Glinne de téléphoner d'Afrique du Sud pour savoir où en était la construction de la piscine de Courcelles.
A travers un homme comme cela, la Wallonie ouvrière et socialiste montrait son visage le plus valable, le plus fraternel. J'ai été une série de jours, soirées, matinées, très fier d'être wallon - je pense que d'une certaine façon cette expression veut dire quelque chose car elle signifie qu'on adhère à des valeurs qu'on est fier de voir incarnée là où on est - mais cela restera une des matinées où je l'ai été le plus.
Luc Beyer était là aussi, s'amusant beaucoup de la manière dont l'orateur en wallon traduisit son texte après l'avoir exprimé avec enjouement, en avouant que la français était la seule langue étrangère qu'il maîtrisait.
J'ai eu cette pensée-ci en partant. Dans une certaine mesure, on peut être sceptique vis-à-vis du combat politique, parce que c'est un combat que l'on ne gagne pas toujours, même en étant mandataire ou responsable. Dès lors les combats que l'on mène et qui n'aboutissent pas, peuvent parfois sembler, après coup comme vains et comme ayant été entachés de pur intérêt personnel, dans la mesure où l'on est tout de même resté en place. Mais le combat politique ne se mène jamais avec la certitude absolue de la victoire et on prend parfois pour des gens qui ont renié des gens qui ont été simplement battus, du moins en apparence. Être rebelle ce n'est pas simple. Et, malgré tout, le PS wallon en a connu quelques uns, au rang desquels je mets quand même José Happart, mais aussi Dehousse, Cools, Hurez évidemment, le plus courageux d'entre eux demeurant à mes yeux Fernand Massart qui, à cause de sa fidélité à son idéal s'est retrouvé non loin de la misère pendant au moins trois longues années (de 1965 à 1968), et ne l'évitant alors que de bien peu. Des gens comme de Wasseige ou Gendebien ont aussi pris des risques mettant en cause leur carrière.
Ce qui me semble à nouveau assez inexcusable, c'est le peu d'efforts faits par un média comme la RTBF pour resituer un homme comme Glinne, alors que c'était vraiment l'occasion. Si ce n'est pas la RTBF qui en parle, qui va en parler ou les journaux de Wallonie et de Bruxelles? Il faut le répéter, on a consacré des centaines d'heures au roi Baudouin pour ne pas en dire vraiment grand-chose en réalité alors qu'ici, sur Glinne, on pouvait tout de même faire quelque chose.
Je tiens à rappeler que dans les fiches du XXe siècle du "Soir" en 2000, la seule fois que la Wallonie était mentionnée c'était pour parler de son déclin, de la "division" (2000 hommes...), SS Wallonie et - évidemment- de Degrelle. Quand on voit la profondeur de l'action et de l'héritage politique et spirituel de gens comme Renard, Glinne (je prends ces deux exemples), et le temps qu'on leur consacre à côté de celui est sacrifié à quelqu'un comme Degrelle, il y a de quoi rager. Joris et Marchesani ont même consacré un très beau livre intitulé "Sur les traces du mouvement wallon" où l'on réussit à ne pas parler de Julien Lahaut qui, par bien des aspects, fait certainement partie du mouvement wallon et qui, à certains égards aussi, l'a payé de son sang. C'est un ami qui me faisait remarquer cette erreur, me disant aussi qu'il était anormal que le Manifeste pour la culture wallonne n'y soit pas évoqué, alors qu'on y trouve bien une journée d'études sur le mouvement wallon (certes, elle fut importante), organisée le 21 février 1976 et assez bien évoquée. Je sais bien qu'il est difficile d'être exhaustif mais l'omission de Lahaut ou du Manifeste wallon me semble faire partie des erreurs aussi pertinente à relever qu'un texte publié avec trop de faites d'orthographe.
Pour ce qui est du manifeste pour la culture wallonne, j'ai déjà dit (et pourtant Dieu sait si cela est quand même pointu pour des gens de l'extérieur), qu'il existait une dizaine de titres d'articles et de livres l'évoquant longuement publiés aux USA ou en Angleterre, c'est-à-dore infiniment plus qu'en France, notons-le en passant... Ma remarque est dépourvue d'amertume, comme ce que je dis de Glinne, ce sont des paroles de combat.
Il ne faut pas que l'Esprit meure, il ne mourra pas!
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